Sud-Kivu : Le mariage précoce, un fléau qui compromet l’avenir des jeunes filles à Kalonge

Par Bernardin Murhabazi Matabaro

Rédaction Centrale
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Photo crédit

Le mariage précoce reste d’actualité au Sud-Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo. Ce fléau touche les villages, les milieux péri-urbains et parfois même les villes. A Kalonge, l’un des groupements du territoire de Kalehe, à 65 km au nord-ouest de Bukavu, cette pratique a pris une autre forme. Des hommes dont la majorité sont des adultes vivent en concubinage avec des filles mineurs et qui, par la suite, se transforme en esclavagisme.

A Kalonge, le phénomène concubinage avec des filles mineurs est fréquent et entraînant ainsi plusieurs conséquences telles que les mariages précoces, les grossesses non désirées, etc. cette situation se passe parfois sous l’œil impuissant de certains parents enchaînés par les mœurs et coutumes.

Mariage précoce à Kalonge, les filles mineures, une cible fragile !

Biluge, mère des enfants et âgée de 17 ans, vit en concubinage avec un homme de 28 ans dans le village Cholobera depuis plus des trois ans. A en croire son témoignage, ce sont ses parents qui l’ont amené chez son mari quand ils ont découvert qu’elle était enceinte.

« J’ai été engrossée quand j’avais quatorze ans, c’est ainsi que mes parents m’ont dépêché chez mon mari. Il n’avait pas de travail et moi-même je cultivais. J’ai été obligée de poursuivre mes activités de champs pour notre survie (…) Jusqu’à présent nous n’avons jamais contracté un mariage », révèle-t-elle.

“Mon mari passe souvent son temps à consommer des boissons fortement alcoolisées avec ses amis. Je suis la seule à aller au champ, prendre soin des enfants et la plupart des fois trouver seule à manger », explique-t-elle avec regret.

De son côté, Charline, une autre habitante du village Rambo, raconte avoir vécu elle aussi, une histoire similaire à la précédente. Elle n’avait qu’autour de 13 ans quand elle est partie vivre chez son mari.

« J’étais en début du secondaire quand je me suis retrouvée enceinte”, révèle-t-elle.

De ma propre volonté, j’ai décidé d’aller chez mon mari. Aussitôt chez lui, la belle famille est allée voir mes parents avec des chèvres pour officialiser coutumièrement notre mariage », explique-t-elle.

“Quand j’ai mis au monde, mon mari m’a abandonné car ne voulant plus de moi. J’ai souffert, je n’avais pas à m’habiller, ni de quoi manger et même l’huile pour l’enfant. C’était un calvaire avant de rentrer chez mes parents », témoigne-t-elle avec larme aux yeux en swahili traduit en français.

Une lutte sans fin, pour quels résultats?

A croire les points de vue de certaines structures de la société civile actives dans cette entité, les grossesses aux filles mineures ouvrent une brèche très souvent aux mariages précoces ainsi qu’au phénomène du concubinage par des hommes adultes.

« La plupart des grossesses se soldent par le mariage précoce, surtout coutumier et aboutissent au concubinage”, explique Euphrasie M’Kere, Représentante des femmes leaders de Kalonge.

“Les parents ont souvent honte de garder une fille enceinte sous leur toit et dans beaucoup de cas, ils chassent les filles enceintes pour ne pas se couvrir de honte », renseigne-t-elle.

Euphrasie M’Kere, revient sur le fait que le concubinage avec les filles mineures tout comme le mariage précoce, freine l’épanouissement de la fille. Elle invite les membres de la communauté à s’impliquer dans la lutte contre cette forme de mariage insistant sur l’éducation des enfants comme piste de solution. Selon elle, ce phénomène constitue un frein au développement de la jeune fille ainsi que de toute la société.

« Les mariages précoces privent les jeunes filles de leur insouciance. Ce phénomène leur donne des responsabilités très jeunes. Alors qu’elles devraient être à l’école, loin de toutes ces obligations », fait-elle savoir.

Pour Jolly Kamuntu, présidente de Karibu jeunesse nouvelle, KJN, une organisation active à Kalonge, le mariage précoce a de nombreuses conséquences sur l’enfant, sur son développement personnel et son évolution dans la société.

« Nous disons non au mariage précoce », déclare-t-elle.

Elle indique que son organisation exécute, dans ce groupement, des campagnes contre le mariage précoce au sein de la communauté et dans les écoles, des formations, des activités entrepreneuriales et culturelles pour amener les jeunes à travailler; « tant qu’il y aura une fille mariée précocement, ça sera une préoccupation de KJN », conclut notre source.

Le gouvernement provincial à l’œuvre contre le mariage précoce!

Pour Kinja Mwendanga Béatrice, Commissaire provinciale en charge du genre, famille et enfants et affaires sociales, le Gouvernement provincial du Sud Kivu est en train de mettre en œuvre plusieurs actions visant à décourager les mariages précoces ainsi que le concubinage de toutes sortes avec à l’égard des mineurs.

« Au niveau provincial, une politique de vulgarisation de la loi contre les mariages précoces est en train d’être élaborée. Elle sera réalisée dans des villes de la province comme dans les milieux ruraux pour stopper ce fléau qui compromet l’avenir de nos enfants », déclare-t-elle.

Elle fait également allusion au Conseil des ministres du mois de juillet dernier au cours duquel il a été demandé au Ministre de la Justice de prendre des dispositions idoines pour faire respecter les lois en matière contre les mariages précoces en RDC.

Que prévoit la loi sur le mariage précoce?

Abordant cette question, Maître Justin Bahirwe Mutabunga, avocat au Barreau de Bukavu indique que la législation congolaise traduit en infraction un mariage conclu précocement.

“Ce genre des mariages sont considérés comme sans consentement de la part d’une fille âgée de moins de 18 ans. Ce sont donc des mariages forcés et punis par la loi de juillet 2006 qui réprime les violences sexuelles en République Démocratique du Congo. Cette fille est considérée comme mineure et par conséquent elle ne peut plus consentir, c’est-à-dire, accepter de s’engager au mariage par défaut de consentement rend un mariage nul”, explique-t-il.

Ce praticien du droit insiste sur le fait que la loi du 20 juillet 2006 qui a introduit les infractions de violences sexuelles dans la grille des infractions en droit pénal congolais, n’est pas en contradiction avec le code de la famille congolais.

« La loi sur les violences sexuelles réprime le mariage précoce. Partant de cette sanction, certains articles du code de la famille sont appelés à disparaître car ils sont non conformes à la loi suprême du pays qui est la constitution qui fixe la majorité de la fille à 18 ans» rappelle-t-il. 

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