Sud-Kivu : La population civile, la cible fragile des conflits armés dans les moyens et hauts plateaux de Fizi

Par Bernardin Murhabazi Matabaro

Rédaction Centrale
10 Min Read

Les affrontements armés continuent leur bonhomme de chemin dans plusieurs territoires de la province du Sud-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo. Dans les combats opposant les Forces Armées de la RDC et les groupes armés et/ou entre les groupes armés eux-mêmes ; les civiles sont les grandes victimes. Les droits des populations civiles sont foulés aux pieds par les belligérants.

C’est par exemple dans la région de Fizi, où des populations continuent de fuir les violences. A ces jours, on compte environ 15.000 déplacés qui vivent à Baraka, au pied des collines surplombant les moyens et hauts plateaux du territoire de Fizi. Selon les témoignages recueillis sur place, ces déplacés vivent sous le seuil de la pauvreté.

Des populations civiles vulnérables aux conflits armés !

Les personnes civiles sont de plus en plus vulnérables dans des conflits armés dans les moyens et hauts plateaux de Fizi. Il ne se passe plus un mois sans que la population ait vécu des atrocités telles que des violences physiques, violences sexuelles, le déplacement massif de la population, la séparation des membres des familles, l’incendie des maisons, etc.

« Les rebelles nous ont poursuivis ; ils ont tué plusieurs civiles y compris les femmes enceintes et les enfants, nous avons assisté à ces événements pendant lesquels ils éventraient des femmes enceintes. Nous avons réussi à nous échapper sans rien emporter, c’est ainsi que nous sommes arrivés ici », renseigne Madame Safi Minyeko, déplacée à Baraka.

Interrogé, Monsieur Modilo Elongo, jeune déplacé, âgé de 21 ans, raconte comment il est parvenu à fouir les affrontements entre groupes armés communautaires à quelques mètres, à l’ouest de son village Lweba, situé dans le groupement Basimunyaka-Nord, dans le secteur de Tanganyika, territoire de Fizi.

« Alors qu’on s’apprêtait à manger, des crépitements des balles annoncèrent la nuit du mercredi 26 janvier 2022. Ils résonnaient presque partout dans le village de Lweba. Le village était plongé dans une peur indescriptible, des coups de balles retentissaient toujours dehors semant la panique et le désordre dans le village, des cris, des pleurs des enfants, des femmes, des filles et hommes se faisaient entendre, et personne ne pouvait nous aider. Le village était dans le noir et les gens fouillaient çà et là », raconte-t-il.

Les uns assistent à l’assassinat de leurs !

« Ils nous avaient torturé de la manière la plus cruelle qui soit », affirme Monsieur Sadi Lufombo, un jeune âgé de 19 ans, et compté parmi les déplacés à Baraka. Il dit avoir subi des tortures avec son défunt père lors d’une attaque perpétrée par des étrangers (Imbonerakure) en coalition avec Ngumino, dans la localité de Kitoga.

« Ma mère et mes petits frères étaient déjà partis. Quelques minutes plus tard, dans notre cachette avec mon père, un des rebelles ouvrit notre porte, nous fit sortir de notre cachette sous le lit et nous jeta par terre. Il se mit à nous frapper sauvagement et sans pitié jusqu’à nous blesser. Le sang coulait du nez, de la bouche… Il nous frappait au ventre, en se servant de l’arme qu’il possédait », ajoute-t-il, avant de chuter sous une voix émue ;

« En pleine torture, un des rebelles, présumé ‘‘chef’’, ordonna l’exécution de mon père et sans tarder il fut abattu, d’une balle, directement au front. Mon père succomba ! Et devant moi, je l’ai regardé, allongé à terre comme un animal abattu après une chasse ».

Ce témoignage est la preuve du non-respect du droit international humanitaire et la protection de la population civile au Sud-Kivu, plus particulièrement dans le territoire de Fizi, une partie de la province du Sud-Kivu, où les parties en conflit armé font subir aux populations civiles des actes inhumains.

Du côté des Forces armées de la RDC, le colonel Tshimwanga Shaludo Louis-Claude, Porte-parole de la 33è Région militaire au Sud-Kivu, récemment muté, attribue ces forfaits aux groupes rebelles qui, selon ses dires, sont composés principalement des jeunes du terroir.

Fouir des atrocités et tomber dans une vie de souffrance !

Suite à la multiplication de retombées des conflits armés sur les populations de cette contrée, longtemps sous le joug des violences, incendies de leurs villages et d’exactions par des hommes en armes, ces populations payent aujourd’hui le lourd tribut même dans leur déplacement ; et traversent un calvaire épineux dans leurs lieux de refuge.

Safi Minyeko est mère de sept enfants, dont elle n’a réussi à sauver que quatre jusqu’à Baraka lorsque leur village – Mikenge – a été attaqué. Elle ne sait pas où se trouvent les autres enfants. Selon elle, ce sont des miliciens Twigwaneho, proches de la communauté Banyamulenge qui ont ciblé Mikenge et incendié sa maison et tous qu’il y avait dedans.

« Je suis arrivée ici à Kimanga au mois de novembre 2021 en provenance de Mikenge où j’ai échappé à la guerre. Ici je souffre beaucoup, mes enfants présentent déjà des signes du Kwashiorkor à cause de la malnutrition, je ne sais plus quoi faire.  Des difficultés sont énormes ; la famine, le manque d’habits, le manque de l’eau potable », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter ;

« Chaque jour des agents de l’Etat passent, mais ils ne font que nous enregistrer. Ils ne nous apportent jamais de l’aide ; et nos abris, c’est par nos efforts qu’ils sont dans cet état. Malgré ça, nous passons nuit à même le sol sur des morceaux de nattes, faute de matelas, et il y a beaucoup de moustiques, mais on n’a pas le choix », se plaint-elle.

Le Droit International Humanitaire, un évangile aux sourds !

Luc Henkinbrant, consultant et professeur de Droit International Humanitaire (DIH), insiste, pour sa part, sur le fait que le DIH assure une protection des civils pendant les conflits en réglementant les méthodes et moyens utilisés par les belligérants.

« Des unités sanitaires doivent en tout temps être respectées et protégées et ne doivent pas faire l’objet d’attaques. Les femmes et enfants doivent faire l’objet d’un respect particulier et doivent, de ce fait, être protégés contre toute forme d’attentat à la pudeur ; les enfants ne devront pas être recrutés dans les Forces ou groupes armés ni autorisés à prendre part à des hostilités », renseigne-t-il.

Le Colonel Louis-Claude Tshimwanga, soulève le fait que les éléments de Forces armées de la RDC sont suffisamment sensibilisés quant au respect du DIH. Il renseigne que cette sensibilisation est répandue au reste de la population grâce au concours de la Société Civile.

Pour sa part, Monsieur Kitandala Santos, président de la société civile forces vives antenne de Fizi, soutenant les affirmations du porte-parole des FARDC, soulève le sous-effectif des éléments de Forces armées dans la contrée, chose qui avantage l’expansion des groupes rebelles et qui ouvre la brèche à l’attaque des civils. Il précise que cette région est devenue le foyer des tensions inter-ethniques et le sanctuaire des groupes armés à connivence tribale.

De son côté, Stijn Houben, Chef de sous-délégation CICR Sud-Kivu et Maniema, lors de la présentation du bilan 2021, a déclaré que les hauts plateaux d’Uvira et de Fizi ont connu une flambée de violences intercommunautaires.

« Comme gardien du DIH, le CICR a promu le droit international humanitaire auprès des porteurs d’armes dans le but de prévenir les exactions contre les populations civiles, les mineurs, les femmes, les adultes vulnérables, les blessés et les malades. Le CICR leur a rappelé leurs obligations et responsabilités par rapport à la protection des personnes qui ne font pas où ne font plus partie des combats », a-t-il dit.

Notre source précise que le CICR fait face aux contraintes sécuritaires, les contraintes logistiques pour atteindre les populations affectées, qui se situent parfois dans des régions éloignées et escarpées, surtout pendant la saison pluvieuse.

Notons que le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) est une organisation humanitaire, neutre, impartiale et indépendante et qui a le mandat de la communauté internationale, de protéger la vie et la dignité des personnes affectées par les conflits armés et autres situations de violence, et leur porter assistance.

À lire : Sud-kivu : Bernardin Matabaro, encore une fois lauréat du concours média de rédaction CICR, 2 ème édition 2022

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