Des tracasseries aux ports de Goma et Bukavu : Voici les responsabilités et voie de sortie de crise

Rédaction Centrale
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Les villes de Goma et Bukavu sont deux Chefs-lieux des provinces voisines du Nord et du Sud-Kivu à l’Est de la RDC. Le trafic est intense entre ces deux villes, tant pour les personnes que pour les marchandises.

Compte tenu des conditions liées aux transports aérien (souvent très cher par rapport au niveau de vie des populations et avec des programmes très limités) et terrestre (pièces exigées pour passer par le Rwanda, contrainte liée à la fermeture des frontières, route nationale numéro 2 en état de délabrement très avancé avec des risques sécuritaires énormes) ; plusieurs personnes préfèrent utiliser la voie lacustre.

Malheureusement là aussi, elles se heurtent à de tracasseries qui ne disent pas leur nom ! Une petite lumière à ce sujet a été fournie dans cette réflexion : https://juardc.info/2023/01/actualite/societe/la-dgm-un-service-taxateur-le-calvaire-des-voyageurs-goma-bukavu-par-bateau/

Qui est responsable des tracasseries aux ports de Goma et Bukavu ?

D’aucuns soutiennent que les services de l’Etat commis aux ports sont responsables des tracasseries contre les voyageurs (lire aussi sur https://riftvalley.net/node/1013). Il est cependant important de relativiser cette affirmation bien qu’en grande partie vraie.

Pour y parvenir, il faut expliquer le processus par lequel le voyageur arrive à embarquer dans le bateau de son choix : En arrivant au port, le passager avec ses colis, est sollicité par les agents de marketing des différentes agences. Certains agents le font de manière inappropriée, risquant de blesser le passager ou de causer la perte de ses biens.

Une fois au port, le passager doit payer son billet de voyage auprès du receveur. A ce niveau, pas assez de tracasseries car le prix du billet est bien connu (entre 5 et 25$us), sauf lorsque le receveur ne respecte pas la livraison des billets dans le respect de l’ordre d’arrivée des passagers (exception faite aux personnes à besoins spécifiques).

En effet, certains militaires, policiers ou d’autres connaissances du receveur influencent ce dernier à les prioriser, et perturbent l’ordre de livraison des billets, ce qui est à la base de frustration.

Le billet est directement récupéré par l’agent CEFUMA (service de sous-traitance de la DGRNK à Goma) ou DPMER (à Bukavu) qui exige le paiement de timbre pour 0,5$us payable en Fc et dont le montant équivalent est fonction du taux de change fixé par l’agent en poste (entre 1100 et 1500Fc actuellement).

A ce niveau il y a plus de tracasseries étant donné que certains agents vous exigent de payer le timbre sans qu’ils ne vous le livrent. D’autres encore vous disent qu’ils n’ont pas de change, et préfèrent rester avec la différence due.

Par ailleurs, certains voyageurs n’ont sur eux que les frais de billet, et lorsqu’ils se retrouvent qu’ils doivent payer des taxes supplémentaires sans quoi le billet de voyage est confisqué, la tension monte.

Dès que le timbre est obtenu, l’agent DGM récupère le billet et exige le paiement d’un montant de 500Fc dénommé « Cachet DGM » avant même de vérifier les papiers de voyage. Ceci est à la base de plus de frustration car la taxe perçue est illégale, et les agents en poste en font une exigence, sans quoi le billet ainsi que les papiers de voyage (bien qu’en ordre) sont confisqués.

Aucune excuse, les autres agents de l’Etat en voyage, les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et celles handicapées ainsi que d’autres personnes vulnérables se trouvent pénalisées : bousculées de tous les côtés, laissées dans la foule alors que les autres embarquent, exposées au vol, à la perte de leurs biens et même au risque de noyade en glissant prêt du port, etc.

Les incompréhensions se produisent également lorsque le passager n’a pas de papiers de voyage (pour lui-même ou pour les enfants mineurs sous sa responsabilité) en ordre ou douteux (tout dépend de l’appréciation de l’agent commis). Ainsi, des échanges interviennent jusqu’à ce qu’il paie un montant forfaitaire auprès de l’agent DGM en poste.

Une fois à la porte du bateau pour l’embarquement, un autre fil d’agents confondus se positionne pour vérifier le « Cachet DGM », le timbre et le billet payés. En plus d’eux, les agents du service de renseignement qui obligent de vider le sac du passager pour « contrôle », ou plutôt de payer un montant forfaitaire (bien que minime) afin de passer sans contrôle.

Toutes ces situations sont aggravées par le fait que la plupart des agents commis au port par les différents services ne font aucunement preuve de déontologie professionnelle, ni de courtoisie et de respect de la loi.

L’on aurait l’impression qu’étant envoyés en poste, ces agents reçoivent une induction comme quoi ils doivent se comporter contrairement à la déontologie et la courtoisie professionnelle ; et faire de leur mieux pour réunir assez d’argent indu ! Par ailleurs, les ports ne respectent pas les conditions nécessaires, notamment pour l’installation des différents services, et la sécurité des passagers et leurs biens.

Il y a également un souci de non-respect de la capacité de chargement (les propriétaires des bateaux embarquent plus de personnes que la capacité d’accueil de leurs engins, ainsi nombreux partent débout même toute la nuit pour les navigations nocturnes) ainsi que le non-respect des heures pour embarquer et pour débarquer.

Quelles propositions pour la sortie de la crise ?

L’Etat a le devoir d’assurer la protection des personnes et de leurs biens, de garantir leur sécurité ainsi que leurs droits fondamentaux, notamment la liberté de circulation.

En 2019, des manifestations ont été menées par le mouvement citoyen Lucha contre les tracasseries au port de Goma. Après une brève période d’accalmie, la situation est redevenue pire jusqu’à ce jour.

Ainsi, en date du 10 août 2023, une autre manifestation populaire a eu lieu sur l’axe Mutinga-Kimburu-Deux Lampes dans la ville de Goma où des jeunes en colère protestaient contre l’un de leur arrêté au cachot de la DGM / Goma pour avoir refusé de payer la taxe illégale de 500 Fc susmentionnée.

Il est vrai que les forces de l’ordre ont réussi à maîtriser rapidement la situation, mais ces genres de manifestations sont à la base souvent des morts, blessés et destruction des matériels dans la ville de Goma. Par ailleurs, nul ne doit être interpelé pour avoir dénoncé une violation de ses droits… Afin de prévenir ces genres de situations, il est recommandé que :
L’Etat (à travers la Mairie et les services de transport maritime) et les armateurs se mettent d’accord pour incorporer la taxe légale due (le timbre) dans le prix du billet. Ainsi en payant son billet, le voyageur n’a plus à faire face à des tracasseries.

Tel doit être le cas à l’embarquement comme au débarquement (parfois aussi certains armateurs font payer de petits colis non commerciaux aux passagers qui, à l’embarquement n’ont pas été signifiés qu’ils doivent payer un montant supplémentaire surtout que la franchise n’est pas fixée. Sans cela, le colis est confisqué et la tension nait entre l’armateur et le passager).

Que le nombre d’agents commis au port soit très restreint et qu’il soit organisé des séances de renforcement des capacités de ces agents sur la déontologie professionnelle, les Droits de l’Homme et le civisme.

Que l’Etat et les armateurs affichent clairement aux différents ports (comme c’est le cas pour Ihusi) que les formalités de voyage sont gratuites, et veillent au respect de cet aspect.

Qu’il soit mis en place des mécanismes efficaces de remontée et gestion des plaintes (numéros verts, adresses-mails, boîtes à suggestion, etc.) par la Société Civile, les services de l’Etat commis au port et les armateurs concernant les tracasseries au port.

Que les conditions aux ports soient améliorées pour la sécurité de tous, notamment les caméras de surveillance, la construction des bureaux pour les services habilités à œuvrer au port, le respect des heures d’embarquement et de débarquement, la sécurisation des entrées dans les bateaux, etc.

Une fois ces aspects pris en compte, les passagers aux ports de Goma et Bukavu pourront échapper tant soit peu, aux tracasseries dont ils sont quotidiennement victimes.

A lire : « FOKA-FOKA », Ces engins roulants très dangereux pour la population de Goma, Bukavu et ses environs

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